
Le docteur Denis Mukwege hausse le ton contre la proposition de loi organique relative au référendum, récemment adoptée à l’Assemblée nationale. Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, le Prix Nobel de la paix critique vivement les priorités des institutions congolaises, estimant que le pays fait face à des urgences autrement plus cruciales.
L’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2023 juge incompréhensible que le Parlement consacre son énergie à l’examen d’un texte lié au référendum alors que l’est de la République démocratique du Congo demeure confronté à l’insécurité, aux déplacements massifs de populations et à l’épidémie d’Ebola.
Pour le fondateur de l’hôpital de Panzi, le débat autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle intervient dans un contexte particulièrement préoccupant, marqué par la persistance de la rébellion de l’AFC/M23 et la détérioration de la situation humanitaire dans plusieurs provinces du pays.
La prise de position de Denis Mukwege intervient quelques jours après l’adoption par la chambre basse du Parlement de la proposition de loi présentée par le député Paul Gaspard Ngondankoy. Ce texte vise à définir le cadre juridique d’organisation d’un référendum en RDC, une initiative qui suscite de vives controverses au sein de la classe politique.
Dans son message, le médecin congolais s’interroge sur la légitimité d’un débat constitutionnel alors que, selon lui, une partie du territoire national demeure sous occupation et que des millions de Congolais sont affectés par les conséquences du conflit et de la crise humanitaire.
Denis Mukwege accuse également les parlementaires de privilégier des intérêts politiques au détriment des préoccupations de la population. Il dénonce ce qu’il considère comme un décalage entre les priorités des élus et les réalités vécues par les citoyens, notamment dans les provinces les plus touchées par les violences armées.
Le Prix Nobel adresse par ailleurs des critiques appuyées aux élus du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, estimant qu’ils devraient concentrer leurs efforts sur le rétablissement de la paix et de la sécurité dans leurs circonscriptions respectives.
Le président de l’Assemblée nationale ainsi que le parti présidentiel, l’UDPS, figurent également parmi les principales cibles de ses critiques. Denis Mukwege accuse la majorité au pouvoir de s’engager dans une démarche susceptible d’alimenter les tensions politiques et institutionnelles à un moment où l’unité nationale devrait, selon lui, primer sur toute autre considération.
Cette sortie intervient dans un climat politique de plus en plus tendu autour de la question du référendum. L’opposition, qui a déjà boycotté les débats parlementaires sur le sujet, soupçonne la majorité de vouloir ouvrir la voie à une révision de certaines dispositions constitutionnelles, notamment l’article 220 qui limite le nombre de mandats présidentiels.
Dans ce contexte, plusieurs formations politiques et plateformes de l’opposition multiplient les initiatives pour contester le projet. La coalition C64 a notamment appelé à une journée “ville morte” afin de protester contre ce qu’elle considère comme une tentative de remise en cause des équilibres constitutionnels du pays.
Alors que le débat se poursuit, la question du référendum s’impose désormais comme l’un des principaux sujets de confrontation politique en République démocratique du Congo.


