« Une journée sans travail, c’est une journée sans revenu » : Patience Kimina Phongo interpelle

« Qui paie réellement le prix des villes mortes ? » C’est la question que soulève Patience Kimina Phongo au lendemain de la journée « ville morte » observée le 3 juin à l’appel d’une partie de l’opposition congolaise. Pour la présidente de la Diaspora congolaise émergente et initiatrice du Courant « 66 », il est nécessaire de s’interroger sur le prix réel payé par les populations les plus vulnérables lors de ce type de mobilisation.
Selon cette enseignante à l’UNISIC, les premières victimes des arrêts généralisés d’activités sont souvent les travailleurs du secteur informel, dont les revenus dépendent directement de leur activité quotidienne. Petits commerçants, vendeurs ambulants, chauffeurs de taxi et de moto-taxi, ainsi qu’artisans, se retrouvent privés de leurs recettes lorsque l’économie tourne au ralenti.
« Lorsqu’une journée sans travail signifie une journée sans revenu, il est légitime de se demander qui supporte réellement le coût d’une ville morte », estime-t-elle.
Patience Kimina Phongo souligne que les répercussions dépassent le seul cadre économique. Dans plusieurs quartiers, de nombreux parents ont choisi de garder leurs enfants à la maison par mesure de prudence, privant ainsi des milliers d’élèves d’une journée de cours.
Pour l’initiatrice du Courant « 66 », toute stratégie politique devrait être évaluée à l’aune de son impact sur la population. Elle considère qu’une journée de paralysie économique représente un manque à gagner pour les ménages et peut freiner les efforts de développement dans un pays confronté à d’importants défis socio-économiques.
« Dans un pays où une grande partie de la population vit de revenus journaliers, chaque journée improductive a des conséquences qu’il ne faut pas minimiser », affirme-t-elle.
Sans contester le droit à la protestation, Patience Kimina Phongo plaide en faveur de modes d’action plus ciblés. Elle cite notamment les sit-in organisés devant les institutions publiques qui permettraient, selon elle, de porter les revendications auprès des autorités concernées sans perturber les activités économiques ni la scolarité des enfants.
« Les revendications doivent parvenir à leurs destinataires sans empêcher les citoyens de travailler. Le peuple ne devrait pas être la principale victime des affrontements politiques », soutient-elle.
À travers cette réflexion, Patience Kimina Phongo appelle les acteurs politiques à privilégier des formes de mobilisation conciliant expression démocratique, efficacité des revendications et préservation des conditions de vie des populations.
Pour elle, la véritable question demeure : comment faire entendre une revendication politique sans en faire porter le coût à ceux qui disposent déjà du moins de ressources pour y faire face ?



