
Dans la rumba congolaise, il y a des collaborations qui ne sont pas de simples projets artistiques où deux voix s’unissent pour une chanson. Certaines sont de véritables validations. Quand une légende pose sa voix sur ton morceau, ce n’est plus un titre, c’est un baptême du feu qui t’ouvre les portes de la cour des grands.
Gally n’est plus à présenter. Le jeune chanteur s’est imposé sur la scène urbaine kinoise à force de singles à succès et de son premier album « Amour et Moi », qui lui a permis d’affirmer son identité. Devenu la coqueluche de la gente féminine grâce à son style romantique, Gaga avait pourtant besoin, pour son premier opus 100% rumba, d’une légitimité auprès des puristes. Un public de rumbistes réputé pour son exigence.
Dans son nouvel album « ADN », 22 titres et 3 collaborations de haute facture, celui qu’on surnomme Docteur Love a vu grand. Il s’offre Lokua Kanza sur « Fololo », Reddy Amisi sur « Titanic » et l’immense JB Mpiana sur « Lelo ».
Et c’est là que tout se joue. Car le plus significatif reste ce duo avec Papa Chéri. Le leader charismatique de Wenge BCBG, ce groupe mythique qui a bouleversé la musique congolaise à la fin des années 80. Chanter avec lui n’est pas donné à tout le monde. Le Souverain 1er n’accorde pas ses featurings à la légère. Collaborer avec lui, c’est recevoir le flambeau pour guider et pérenniser la rumba.
« Lelo » : plus qu’un morceau, une passation
D’une durée de 4 minutes 53, « Lelo » est porté par une mélodie langoureuse, sublimée par le chant mélancolique du duo.
Le texte s’inscrit parfaitement dans les codes de la rumba : l’histoire d’un amour qui bat de l’aile. Un amoureux se plaint de l’indifférence de sa partenaire et réclame un dialogue pour arranger les choses. « Lelo il faut to solola » traduisez : « Toi et moi, nous devons nous parler aujourd’hui ».
Artistiquement, cette collaboration était une épreuve pour Gally. Un examen à réussir à tout prix pour passer de classe. Face à une légende comme JB, soit tu brilles, soit tu te fais écraser.
Vocalement, le Bae National s’en sort avec les honneurs. Il chante avec aisance, sans en faire trop, fidèle à lui-même. En face, le Maréchal Mukulu joue le rôle de celui qui ouvre la voie. Sa première phrase dans le morceau résonne comme un ordre symbolique : « Lève-toi et marche Gally ». Comme pour dire : vas-y, tu as ma bénédiction.
JB Mpiana ne se contente pas de poser sa voix, il accompagne. Comme un père qui présente son fils à la grande famille de la rumba. On l’entend lancer : « Qui te peut Gally Garvey ? » ou ce fameux « Mawa hein », ce commentaire que les grands leaders glissent pour souligner la qualité vocale de leur poulain. Une validation totale.
Le Salvatore de la Patria n’a pas donné un coup de pouce à Gally. Il lui a donné une clé. La clé de la grande porte de la rumba. À lui désormais de ne pas la perdre.
RM La Fleur Du-Béton



