FRIVAO : des interrogations sur la gestion de 223 millions de dollars destinés aux victimes de la guerre de Kisangani

De nouvelles zones d’ombre entourent la gestion des fonds destinés à l’indemnisation des victimes de la guerre des Six Jours à Kisangani. Les révélations faites par l’ancien coordonnateur du Fonds spécial de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO), Mgr François Mwarabu, relancent le débat sur la traçabilité des réparations versées par l’Ouganda à la République démocratique du Congo.
Intervenant samedi lors d’un Space animé par le journaliste Stanis Bujakera, l’ancien responsable du FRIVAO a reconnu ne pas être en mesure de déterminer avec précision le montant total déjà utilisé sur les fonds reçus dans le cadre des réparations ordonnées par la Cour internationale de Justice (CIJ).
À ce jour, quatre tranches de 65 millions de dollars chacune ont été versées par l’Ouganda, représentant un total de 260 millions de dollars. Pourtant, selon les chiffres avancés par Mgr Mwarabu, seules certaines dépenses peuvent être clairement identifiées : 28 millions de dollars auraient été distribués aux victimes, 9 millions de dollars figuraient déjà dans les comptes du Fonds à son arrivée, tandis que 2,6 millions de dollars auraient été transférés au ministère de la Justice sous la gestion de l’ancienne ministre Rose Mutombo.
Au total, environ 37 millions de dollars peuvent être retracés, laissant sans explication claire près de 223 millions de dollars sur les montants déjà versés.
Cette situation suscite de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique, particulièrement à Kisangani, où les victimes attendent depuis plusieurs années une réparation effective des préjudices subis lors des affrontements ayant opposé les armées ougandaise et rwandaise en juin 2000.
Lors du même échange, le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Mateus Kanga, a vivement critiqué le fonctionnement du FRIVAO. Il estime que le mécanisme de réparation ne répond pas aux attentes des populations concernées et dénonce une gestion qu’il juge éloignée de l’objectif initial du Fonds.
L’élu provincial remet également en cause les critères retenus pour identifier les bénéficiaires. Selon lui, de nombreuses personnes ayant subi les conséquences directes du conflit, notamment les traumatismes psychologiques, les déplacements forcés ou les pertes économiques, auraient été exclues du processus d’indemnisation.
À quelques mois du versement de la cinquième et dernière tranche de 65 millions de dollars, prévue en septembre prochain, plusieurs voix réclament davantage de transparence. Elles appellent le FRIVAO, le ministère de la Justice ainsi que les institutions de contrôle à publier un état détaillé des fonds reçus et de leur affectation.
Alors que le montant total des réparations atteindra bientôt 325 millions de dollars, la question de la gestion de ces ressources demeure au cœur des préoccupations des victimes et de l’opinion publique, qui exigent désormais des réponses claires sur l’utilisation des fonds destinés à réparer les préjudices causés par la guerre des Six Jours.


