Grand Prix de F1 au Rwanda, la RDC dénonce un choix « moralement indéfendable »

La République démocratique du Congo réagit fermement à l’attribution d’un Grand Prix de Formule 1 au Rwanda. Kinshasa dénonce une décision susceptible, selon elle, de renforcer l’image internationale de Paul Kagame et réclame des garanties sur les fonds qui seront mobilisés pour organiser la compétition.
L’officialisation du Grand Prix du Rwanda n’a pas mis fin à l’opposition congolaise. Au contraire, elle relance un dossier que Kinshasa avait déjà porté auprès des dirigeants de la Formule 1 dès février 2025.
Dans une déclaration rendue publique jeudi 15 octobre, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a rappelé avoir directement alerté Stefano Domenicali sur les conséquences politiques d’un tel choix.
« Autoriser le Rwanda à accueillir un Grand Prix serait moralement indéfendable », a-t-elle indiqué, estimant que cet événement offrirait à Paul Kagame une importante plateforme de visibilité internationale.
La RDC fonde son opposition sur la situation sécuritaire dans l’est du pays. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, un mouvement armé actif dans plusieurs zones de l’est congolais. Des accusations également formulées par les États-Unis et documentées par des experts des Nations unies. Le Rwanda les rejette et affirme agir pour répondre à des menaces sécuritaires venant du territoire congolais.
Au-delà de la question politique, Thérèse Kayikwamba Wagner veut également placer le financement du Grand Prix sous surveillance. Elle demande à la Formule 1 des garanties indépendantes permettant d’établir que les ressources utilisées pour accueillir la course ne proviennent pas de minerais liés au conflit ou de richesses congolaises exploitées illégalement.
Cette exigence intervient alors que le commerce des minerais issus de l’est de la RDC reste au cœur des tensions régionales. Kinshasa estime depuis plusieurs années qu’une partie de ces ressources quitte illégalement son territoire avant d’intégrer des circuits commerciaux extérieurs.
La RDC ne s’oppose cependant pas au retour de la Formule 1 en Afrique. La diplomatie congolaise soutient plutôt la candidature de l’Afrique du Sud, qui cherche elle aussi à retrouver une place au calendrier mondial.
Le Rwanda a obtenu un accord de dix ans avec la Formule 1. La compétition doit se dérouler sur un nouveau circuit à Bugesera, près de Kigali, à partir du début des années 2030.
Pour Kinshasa, l’officialisation du projet ne clôt donc pas le débat. La RDC entend continuer à interpeller les responsables de la Formule 1 sur les implications politiques et financières de leur choix.



