Sit-in du 12 juin : le gouvernement dénonce une “mise en scène” de l’opposition

La controverse enfle quelques heures après le sit-in organisé vendredi 12 juin à Kinshasa par l’opposition contre la loi référendaire récemment adoptée par l’Assemblée nationale. Alors que plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent une répression violente, le gouvernement rejette ces accusations et évoque une “mise en scène” orchestrée par les organisateurs.

Première voix officielle à réagir, la vice-ministre de l’Intérieur, Eugénie Tshela Kamba, a contesté la version relayée par la coalition de l’opposition C64 au sujet des incidents survenus autour du Palais du Peuple. Selon elle, les forces de l’ordre ont agi avec professionnalisme et dans le strict respect de leur mission de maintien de l’ordre.

L’adjointe du VPM Jacquemain Shabani a notamment réfuté les allégations faisant état de violences policières lors de la dispersion des manifestants. À l’issue d’une descente sur le terrain, elle a assuré que les droits fondamentaux avaient été respectés et que les accusations portées contre la police relevaient d’une stratégie de communication politique.

“Les droits humains sont pleinement garantis en RDC. Ce qui s’est passé aujourd’hui relève d’une mise en scène orchestrée par l’opposition, qui s’est servie du sang d’animaux immolés transporté dans des bouteilles pour accréditer son scénario. La police a travaillé avec professionnalisme”, a-t-elle déclaré, affirmant que des informations recueillies faisaient état de préparatifs impliquant notamment l’immolation de chèvres et de moutons afin d’alimenter ce qu’elle qualifie de “montage”.

Selon la vice-ministre, les forces de l’ordre ont réussi à contenir les débordements sans recourir à une force excessive, leur priorité ayant été de préserver l’ordre public autour des institutions nationales.

-Un rapport qui contredit la version officielle-

Cette lecture des événements est toutefois vivement contestée par le Forum des droits humains (FDH), dont les observateurs étaient déployés sur le terrain durant la manifestation. Dans un rapport préliminaire, l’organisation présente un bilan nettement plus alarmant.

Le FDH affirme avoir documenté la mort de deux militants de l’opposition. L’un aurait succombé à un lynchage, tandis que l’autre aurait été atteint par des tirs à balles réelles. L’organisation fait également état de plusieurs blessés, d’arrestations et d’actes de violence visant des figures de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sessanga.

Le rapport évoque par ailleurs des attaques contre plusieurs sièges de partis politiques, notamment ceux de l’ECiDé, des FONUS et de l’Alliance pour le Changement. Selon le Forum, ces actes auraient été commis par des éléments de la Force du progrès avec la complicité présumée de certains policiers.

Pour l’organisation, ces événements constituent de graves atteintes aux libertés fondamentales garanties par la Constitution congolaise, notamment la liberté de manifestation, d’expression, d’association ainsi que le droit à la vie. Le FDH rappelle également que ces droits sont protégés par plusieurs instruments régionaux et internationaux ratifiés par la République démocratique du Congo.

Face à ces versions contradictoires, les événements du 12 juin alimentent désormais une bataille de récits entre le gouvernement et les organisations de la société civile. Tandis que l’exécutif dénonce une opération de manipulation politique, les défenseurs des droits humains parlent de violations graves et documentées. Les circonstances exactes des incidents survenus autour du Palais du Peuple restent à établir.