« Mississippi Masala » : L’amère histoire de Papy Tex avec le film qui mettait en vedette Denzel Washington

Pendant des décennies, de nombreux artistes congolais ont vu leurs œuvres voyager à travers le monde sans toujours en récolter les fruits. Derrière cette réalité se cachent souvent des contrats mal négociés, une faible connaissance de la propriété intellectuelle et l’absence d’accompagnement juridique. Papy Tex assure en avoir fait l’amère expérience.

Le chanteur congolais, ancien membre d’Empire Bakuba, affirme avoir été privé des royalties générées par l’utilisation de son titre Kanda ya nini dans le film Mississippi Masala, réalisé en 1991 par la cinéaste indo-américaine Mira Nair.

Dans une vidéo récemment diffusée sur les réseaux sociaux, l’artiste raconte avoir été approché personnellement par la réalisatrice alors qu’il se trouvait en tournée en Afrique de l’Est.

« Madame Mira Nair est venue me chercher à Kinshasa. Nous étions en tournée en Afrique de l’Est, précisément en Ouganda. Elle voulait utiliser ma chanson Kanda ya nini dans son film. Je lui ai dit : donne-moi 500 000 dollars américains et tu peux utiliser ma chanson. Elle m’a répondu que la chanson resterait toujours la mienne et qu’il ne fallait pas parler de cession de droits », explique-t-il.

Selon Papy Tex, les discussions se sont finalement conclues par le versement d’une rémunération qu’il qualifie de symbolique. En contrepartie, il affirme avoir reçu la garantie que des royalties lui seraient reversées à chaque exploitation du film.

« Ils nous ont convaincus, mon manager et moi. Ils nous ont donné une somme symbolique. Ensuite, elle m’a assuré qu’un représentant au Zaïre me remettrait régulièrement mes royalties chaque fois que le film serait projeté. Elle m’a laissé son adresse postale. Lorsque je suis allé la vérifier à la Poste, on m’a répondu que cette adresse n’existait pas », poursuit-il.

Sorti en 1991, Mississippi Masala raconte l’histoire d’une famille indienne expulsée d’Ouganda sous le régime d’Idi Amin avant de reconstruire sa vie aux États-Unis. Le long-métrage, porté notamment par Denzel Washington et Sarita Choudhury, a rencontré un succès critique et commercial, engrangeant plus de 7 millions de dollars de recettes au box-office pour un budget estimé à environ 5 millions de dollars. Sa bande originale réunissait plusieurs artistes internationaux, dont Papy Tex.

Le témoignage du chanteur repose sur son propre récit et n’a pas, à ce jour, été corroboré par les autres parties concernées. Il remet néanmoins en lumière les difficultés rencontrées par de nombreux artistes africains dans la gestion de leurs droits à une époque où les notions de royalties, de droits voisins ou de droits de synchronisation étaient encore peu maîtrisées.

Au-delà du cas de Papy Tex, cette histoire rappelle qu’une œuvre artistique ne se limite pas à sa création. Sa valeur réside aussi dans les revenus qu’elle peut générer au fil des années. Pour les musiciens d’aujourd’hui, connaître leurs droits et s’entourer de professionnels compétents n’est plus une option, mais une nécessité.