
La prise de position de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) contre toute modification de la Constitution a provoqué une onde de choc sur la scène politique congolaise. En affirmant qu’il n’existe “ni nécessité, ni urgence, ni opportunité” de changer la Loi fondamentale, les évêques ont relancé un débat déjà sensible et offert à l’opposition un argument de poids dans son rejet des projets de révision constitutionnelle.
Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante dans l’Est du pays et les préoccupations liées à la cohésion nationale, la déclaration de la CENCO est perçue par plusieurs acteurs politiques comme une mise en garde contre toute initiative susceptible de raviver les tensions institutionnelles.
L’opposition se saisit du message des évêques
Les réactions au sein de l’opposition n’ont pas tardé. Plusieurs figures politiques ont salué une position qu’elles considèrent comme un rempart contre toute tentative de modification de l’ordre constitutionnel.
Pour Delly Sesanga, le moment n’est pas propice à une révision de la Constitution. L’opposant estime qu’en période de crise sécuritaire et de fragilité nationale, la priorité doit être accordée à la défense du territoire et à la stabilité du pays plutôt qu’à une réforme des règles fondamentales de l’État. Le leader d’Envol met également en garde contre le risque d’exacerbation des fractures identitaires et communautaires.
De son côté, Seth Kikuni voit dans la déclaration de la CENCO un signal fort adressé au pouvoir. Il considère cette prise de position comme un avertissement contre toute dérive institutionnelle et appelle les forces opposées à la révision constitutionnelle à renforcer leur mobilisation.
Olivier Kamitatu a également salué l’intervention de l’Église catholique, qu’il présente comme une autorité morale incontournable. Selon lui, les évêques ont exprimé leurs inquiétudes face à une situation nationale qu’ils jugent préoccupante et ont mis en garde contre les risques d’une crise politique majeure.
Fayulu invoque la convergence des Églises
Martin Fayulu a, pour sa part, souligné la convergence de vues entre la CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC). Rappelant que cette dernière avait déjà insisté sur le respect strict de la Constitution actuelle, le président de l’ECiDé estime que les deux principales confessions chrétiennes du pays ont clairement fermé la porte à toute modification du texte fondamental.
Fayulu appelle ainsi le président Félix Tshisekedi et ses partisans à tenir compte de ces prises de position, estimant qu’aucun pouvoir ne peut durablement s’imposer contre la volonté du peuple.
Une lecture morale et spirituelle du débat
Au-delà des considérations politiques, certains acteurs donnent une dimension morale et spirituelle à cette controverse.
Claudel Lubaya considère la CENCO comme un rempart contre toute dérive autoritaire. Selon lui, la déclaration des évêques redonne une actualité particulière à l’article 64 de la Constitution, qui consacre le devoir des citoyens de faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir en violation des dispositions constitutionnelles.
Pour l’ancien député, la question dépasse désormais le cadre institutionnel et engage la responsabilité morale des dirigeants. Il estime que les autorités sont appelées à choisir entre le respect de l’ordre constitutionnel et une voie qui pourrait les exposer au jugement de l’histoire.
Jean-Marc Kabund a également salué la constance de l’Église catholique dans la défense de l’unité nationale, de la paix et de l’intégrité territoriale.
Une intervention qui rebat les cartes
Avec cette déclaration, la CENCO s’impose une nouvelle fois comme un acteur influent du débat public. Son refus catégorique de toute révision constitutionnelle est interprété par l’opposition comme un soutien moral à ses positions, tandis que certains membres de la majorité pourraient y voir une implication plus directe de l’Église dans le débat politique.
Quoi qu’il en soit, la sortie des évêques a contribué à replacer la Constitution au centre des discussions nationales. Au-delà des aspects juridiques, le débat touche désormais aux questions de gouvernance, de stabilité institutionnelle et de préservation du pacte républicain issu de la Constitution de 2006.
Si l’opposition se félicite de cette prise de position, la suite de la controverse dépendra largement de la capacité des différents acteurs à convaincre l’opinion publique de leur vision de l’avenir institutionnel du pays.


