Fayulu-UDPS : le bras de fer se durcit

La tension monte d’un cran entre Martin Fayulu et l’UDPS. Les récentes déclarations du président de l’Ecidé, affirmant avoir contribué à “ressusciter” le parti d’Étienne Tshisekedi entre 2006 et 2010, ont provoqué une vive réaction au sein de la majorité présidentielle, où plusieurs cadres dénoncent une attaque contre l’histoire et l’héritage politique du défunt opposant historique.

Lors d’une conférence de presse tenue vendredi dernier à Kinshasa, Martin Fayulu a rejeté les critiques sur la faiblesse de l’opposition congolaise et revendiqué un rôle majeur dans la relance politique de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) à une période où, selon lui, le parti traversait une phase d’effacement sur la scène nationale.

Le leader de Lamuka a expliqué avoir rencontré personnellement Étienne Tshisekedi afin d’organiser des actions politiques conjointes. Il a également cité Albert Moleka comme témoin de cette collaboration, des propos qui ont suscité l’indignation dans les rangs du parti présidentiel.

Parmi les premières réactions figure celle de Déo Bizibu, secrétaire général adjoint de l’UDPS chargé des questions politiques et administratives. Intervenant au micro d’Infos7.cd, le cadre du parti a qualifié les déclarations de Martin Fayulu de “sacrilège politique”, estimant qu’elles traduisent un manque de respect envers la mémoire d’Étienne Tshisekedi et le parcours historique de l’UDPS.

Selon lui, il est exagéré de prétendre avoir relancé une formation politique qui, même durant les périodes difficiles, conservait une influence importante dans le paysage politique congolais. Déo Bizibu rappelle notamment qu’en 2006, plusieurs acteurs de la communauté internationale s’étaient mobilisés pour favoriser le retour de l’UDPS dans le processus politique, preuve, d’après lui, du poids que représentait déjà le parti.

Le responsable de l’UDPS a également relativisé l’influence politique de Martin Fayulu avant la présidentielle de 2018, estimant que sa notoriété nationale s’est véritablement consolidée après le conclave de Genève. Pour lui, aucune comparaison ne peut être établie entre Fayulu et Étienne Tshisekedi, figure emblématique de l’opposition congolaise pendant plusieurs décennies.

Au-delà de cette polémique autour de la légitimité historique, le différend entre Fayulu et le camp présidentiel s’inscrit dans un contexte politique plus large marqué par les débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle.
Depuis plusieurs jours, Martin Fayulu multiplie les critiques contre le président Félix Tshisekedi. L’opposant accuse le pouvoir de préparer un “coup d’État constitutionnel” à travers la proposition de loi référendaire portée par le professeur Paul-Gaspard Ngondankoy.

Au cours de sa conférence de presse du 8 mai, le président de L’ Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecidé) a dénoncé ce qu’il considère comme une tentative d’ouvrir la voie à un maintien de Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà des limites prévues par la Constitution. Les propos récents du chef de l’État, se disant prêt à briguer un nouveau mandat “si le peuple le demande”, ont renforcé les inquiétudes de l’opposition.

Très offensif devant les médias, Martin Fayulu a affirmé que “Tshisekedi devra partir, qu’il le veuille ou non”. Il estime que certaines dispositions contenues dans la proposition de loi référendaire pourraient permettre de contourner des clauses constitutionnelles jugées intangibles. L’opposant réclame notamment le retrait des articles 87 à 90 du texte.

Face à ces accusations, l’UDPS entend désormais défendre publiquement la position du chef de l’État. Dans ce climat politique particulièrement tendu, Augustin Kabuya a annoncé une communication officielle ce lundi 11 mai afin de clarifier les déclarations de Félix Tshisekedi prononcées lors de sa récente conférence de presse à la Cité de l’Union africaine.

Pendant ce temps, plusieurs figures de l’opposition affichent une position commune contre toute perspective de modification de la Constitution. Ensemble pour la République de Moïse Katumbi évoque déjà un risque de “dérive dictatoriale” et de “présidence à vie”, affirmant que le nombre et la durée des mandats présidentiels demeurent intangibles.

Le parti appelle à une mobilisation citoyenne et à la mise en place d’un front républicain pour défendre l’alternance démocratique prévue en 2028.
De Joseph Kabila à Delly Sessanga, en passant par Matata Ponyo, Claudel Lubaya, Jean-Claude Vuemba et Franck Diongo, plusieurs leaders de l’opposition convergent désormais dans leur rejet de toute initiative susceptible de modifier les règles constitutionnelles en vigueur.
Le bras de fer entre l’opposition et le pouvoir s’annonce ainsi de plus en plus intense à l’approche des prochains grands débats politiques du pays.