
Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a dénoncé ce qu’il qualifie de dérive autoritaire au sein des plus hautes sphères de l’État congolais. Dans une déclaration solennelle ce lundi 23 mars 2026, le toubib critique l’entourage du président Félix Tshisekedi et revient sur les démissions retentissantes de Vital Kamerhe et Modeste Bahati Lukwebo, qu’il interprète comme le reflet de tensions profondes au sein de la majorité.
« Qu’est-ce qui se passe au sommet des institutions ? », interroge Mukwege, pointant du doigt un renversement des valeurs démocratiques. Selon lui, le Parlement, censé exercer un contrôle sur l’exécutif, se retrouve soumis à un pouvoir présidentiel qui semble imposer sa loi, fragilisant ainsi les contre-pouvoirs indispensables à la démocratie.
L’ancien candidat président en 2023 interpelle également la classe politique sur sa dignité et sa responsabilité. S’il salue le courage des démissionnaires, il critique leur posture contradictoire, c’est-à-dire de partir par principe pour ensuite “implorer la grâce présidentielle”, un comportement qu’il juge incompatible avec l’intégrité politique.
Le réparateur de femmes fustige par ailleurs les “tambourinaires”, ces proches du président qui flattent par intérêt plutôt que par conviction. « Demain, ils seront les premiers à vous poignarder dans le dos », avertit le Prix Nobel, soulignant la fragilité de cette loyauté intéressée.
En invoquant la figure de Patrice Lumumba, Denis Mukwege appelle à un retour à une “éthique de conviction” face à une “politique de calcul”. Cette sortie intervient à un moment critique pour l’Union sacrée, confrontée à des velléités de réformes constitutionnelles et à des divisions inédites au sein de la majorité, plaçant le pouvoir à la croisée des chemins.


