Ex-kulunas à Kinshasa : Kamitatu dénonce une “extension d’une milice d’État”

Le déploiement des jeunes bâtisseurs du Service national dans le cadre de l’opération d’assainissement de Kinshasa continue de susciter de vives réactions au sein de la classe politique. Dans une tribune publiée dimanche 21 juin, Olivier Kamitatu Etsu, cadre du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, a vivement critiqué l’initiative du pouvoir, qu’il considère comme une manœuvre à visée politique plutôt qu’une action de salubrité publique.

Selon l’ancien président de l’Assemblée nationale, le retour dans la capitale de quelque 4 000 jeunes rééduqués à Kaniama Kasese ne relève pas d’une simple opération d’assainissement urbain. Il y voit plutôt une stratégie destinée à renforcer le contrôle du pouvoir sur Kinshasa à l’approche des débats annoncés autour de la réforme constitutionnelle.

« On ne militarise pas une ville pour la nettoyer, on la militarise pour la tenir », affirme-t-il, estimant que cette initiative traduit une logique de contrôle social davantage qu’une politique publique de gestion urbaine.

Soupçons d’un dispositif de contrôle politique

Alors que les autorités présentent ces jeunes comme une main-d’œuvre formée aux métiers manuels et mobilisée pour contribuer à l’assainissement de la capitale, Olivier Kamitatu soutient que leur déploiement s’inscrit dans une démarche sécuritaire. Selon lui, le Service national, placé sous l’autorité directe de la présidence, pourrait être utilisé comme un instrument destiné à contenir d’éventuelles contestations politiques.

Le responsable d’Ensemble pour la République estime que le pouvoir franchit “une ligne dangereuse”, en privilégiant des mécanismes de contrôle plutôt que des solutions structurelles aux défis urbains de Kinshasa.

-Un renfort présumé aux “Forces du progrès”-

Dans son analyse, Olivier Kamitatu établit également un lien entre les jeunes bâtisseurs du Service national et les “Forces du progrès”, mouvement de jeunesse associé à l’UDPS. Il affirme que ces dernières auraient été fortement sollicitées lors du sit-in organisé par l’opposition le 12 juin dernier devant le Palais du Peuple.

Selon lui, l’arrivée de milliers d’anciens délinquants rééduqués pourrait constituer une force supplémentaire susceptible d’être mobilisée dans un contexte de tensions politiques.

Des parallèles avec certaines milices historiques

Pour appuyer ses inquiétudes, l’opposant évoque plusieurs organisations paramilitaires qui ont marqué l’histoire de différents régimes autoritaires, notamment les Tontons Macoutes en Haïti, les Basij en Iran, les Janjawid au Soudan et les Imbonerakure au Burundi.

“Toutes ces milices ont été créées au nom de l’ordre. Toutes ont fini par devenir des instruments de terreur”, soutient-il, estimant que l’histoire démontre les risques liés à la création ou au renforcement de structures parallèles de contrôle.

Kinshasa face au défi de l’assainissement

Au-delà de la controverse politique, Olivier Kamitatu plaide pour une approche fondée sur des investissements durables dans la gestion urbaine. Selon lui, les problèmes de salubrité de Kinshasa nécessitent davantage de moyens techniques, d’infrastructures de traitement des déchets, d’équipements spécialisés et de planification urbaine.

« Kinshasa a besoin d’ingénieurs et de camions, pas de miliciens », résume-t-il, appelant les autorités à privilégier des solutions structurelles et transparentes pour répondre aux défis d’une métropole de plus de 20 millions d’habitants.

Cette sortie intervient alors que le gouvernement poursuit le déploiement progressif des bâtisseurs du Service national dans plusieurs communes de la capitale, une initiative que les autorités présentent comme un levier majeur de l’opération d’assainissement de la ville.