
L’histoire s’écrit parfois dans l’élan d’un peuple. Et celle de la République démocratique du Congo, qualifiée pour la Coupe du monde pour la première fois depuis 1974, semble déjà vibrer d’une intensité particulière. Le 17 juin prochain, à Houston, les Léopards ouvriront leur campagne face au Portugal, une affiche prestigieuse à laquelle le président Félix Tshisekedi a décidé d’associer sa présence, en véritable chef de file d’un soutien national assumé.
Dans la ferveur du dîner d’accueil organisé dimanche 5 avril à la Cité de l’Union africaine, le chef de l’État s’est adressé à ses internationaux avec gravité et enthousiasme, mêlant reconnaissance, foi et ambition. « Nous serons là. Je vous promets d’être présent pour ce premier rendez-vous contre le Portugal. J’y porterai l’énergie de toute la nation et les bénédictions de chaque Congolais », a-t-il déclaré, dans une salle suspendue à ses mots.
Ce déplacement annoncé n’est pas anodin. Il prolonge un engagement constant du président, resté l’un des rares à maintenir sa confiance lorsque la qualification semblait vaciller, notamment après le revers concédé face au Sénégal à Kinshasa. Reversés dans une course plus incertaine, les Léopards ont su rebondir, franchissant les étapes des barrages avec une détermination remarquable, jusqu’à sceller leur retour sur la scène mondiale en dominant la Jamaïque (1-0).
Au cœur de cette renaissance, une méthode et une vision, celles du sélectionneur Sébastien Desabre. Loué pour sa rigueur et sa lecture du jeu, le technicien français a su bâtir un collectif discipliné et conquérant. Félix Tshisekedi n’a pas tari d’éloges à son égard : « Je n’ai jamais cessé de dire que nous avons le meilleur entraîneur. Avec lui, nous étions destinés à accomplir quelque chose de grand. »
Mais au-delà de la stratégie, c’est l’âme de cette équipe qui se dessine autour de son capitaine, Chancel Mbemba. Figure d’expérience et pilier du vestiaire, le défenseur incarne la stabilité et l’exigence. Dans un moment solennel, le président lui a confié la responsabilité de conduire la sélection sur la scène mondiale. « Capitaine Chancel, cette mission est la vôtre. Elle engage toute la République. À vous de mener vos frères vers une prestation digne de notre peuple ».
Face au Portugal, l’enjeu sera autant mental que sportif. Mais pour Félix Tshisekedi, la crainte n’a pas sa place. « Vous affrontez des joueurs que vous côtoyez en Europe. Ils ne sont pas au-dessus de vous. Vous avez prouvé que vous pouviez rivaliser avec les meilleurs », a-t-il insisté, appelant à une confiance lucide et assumée.
Si le président se garde d’exiger l’impossible, il laisse entrevoir un rêve à peine voilé. « Nous ne vous demandons pas de ramener la Coupe du monde. Mais si vous y parvenez… ce serait un don inestimable », a-t-il lancé, sourire aux lèvres, comme pour conjurer toute limite à l’espérance.
Car cette qualification dépasse le cadre du sport. Elle touche à l’âme d’un pays, notamment dans sa partie orientale, meurtrie par des années de conflit. “Vous avez apporté de la joie là où il y avait la douleur. À nos compatriotes de l’Est, vous avez offert un moment de lumière”, a souligné le chef de l’État, rappelant la portée profondément humaine de cet exploit.
À Kinshasa, l’accueil réservé aux Léopards a confirmé cette communion nationale. Dans un carnaval populaire d’une rare intensité, joueurs et staff ont été célébrés comme des héros, portés par une foule reconnaissante et fière.
Désormais, le regard se tourne vers les pelouses américaines. À Houston, plus qu’un match, c’est une promesse qui attend les Léopards, celle de représenter, avec honneur et audace, un peuple tout entier. Et dans les tribunes, un président, témoin et acteur d’un rêve devenu possible.


