Pakadjuma : d’une zone industrielle à un quartier précaire (analyse des faits du journaliste Emerode Kamba)

À première vue, Pakadjuma est l’un des quartiers précaires les plus connus de Kinshasa. Pourtant, ce site n’a jamais été prévu pour l’habitation. À l’époque coloniale, il servait de zone industrielle stratégique liée au transport ferroviaire et à la logistique.

Situé près des rails et des installations portuaires de Limete, Pakadjuma était un espace de transit pour les trains et la manutention. Le nom « Paka Djuma » viendrait d’une déformation de “Packer Junction”, qui désignait un carrefour ferroviaire.

La proximité avec les infrastructures de l’Office National des Transports (ONATRA) explique pourquoi la zone était réservée aux activités industrielles.

Une occupation née de la nécessité

Au début du XXe siècle, le chemin de fer attire de nombreux travailleurs vers la capitale. Mais aucun logement n’est prévu pour eux près des zones industrielles.

Faute de solutions, certains s’installent sur les emprises ferroviaires et les terrains publics. C’est le début de l’occupation informelle qui donnera naissance à Pakadjuma comme quartier d’habitation précaire.

L’explosion des années 1990

Le phénomène s’accélère à partir des années 1990. Kinshasa connaît une forte croissance démographique.
Plusieurs facteurs expliquent cette pression :
exode rural massif ;
crises économiques ;
conflits armés à l’Est de la République démocratique du Congo ;
absence de politique efficace de logement social.
Sans moyens ni alternatives, de nombreuses familles occupent les terrains disponibles, y compris ceux de l’État.

Aujourd’hui, Pakadjuma est le résultat d’une urbanisation rapide, de la pauvreté et d’un manque de planification.
Derrière les habitations précaires, il y a surtout une histoire de survie, de migration et de recherche d’opportunités.

Les projets de déguerpissement relancent le débat : comment moderniser la ville sans sacrifier des populations installées depuis des générations ?
Pakadjuma rappelle que les quartiers précaires ne naissent pas par hasard. Ils révèlent des choix urbains passés et des inégalités accumulées au fil du temps.