
La Banque Centrale du Congo ajuste son dispositif économique sur deux fronts. Réuni ce jeudi 9 avril 2026 à Kinshasa sous la présidence du gouverneur André Wameso, le Comité de Politique Monétaire a décidé de ramener le taux directeur de 15,0 % à 13,5 %, tout en annonçant une refonte profonde du marché des changes avec, en ligne de mire, la disparition du cash en devises à partir d’avril 2027.
Le signal monétaire est clair. La baisse du taux directeur intervient dans un environnement marqué par un reflux rapide de l’inflation. À fin mars 2026, celle-ci s’établit à 2,2 % en glissement annuel contre 10,1 % un an plus tôt. Cette évolution traduit une détente sur les prix, soutenue par des anticipations mieux ancrées, un encadrement plus strict de la liquidité et des facteurs saisonniers. Dans le même mouvement, le taux des facilités de prêt marginal est réduit à 17,5 %, contre 19 % auparavant.
La Banque centrale ne relâche pas pour autant sa vigilance. Le différentiel entre le taux directeur et l’inflation reste élevé, avec un taux réel positif de 11,3 points. Les réserves obligatoires demeurent inchangées, ce qui traduit une volonté de garder la main sur les équilibres bancaires tout en accompagnant la reprise.
Les perspectives économiques restent orientées à la hausse. La croissance est attendue à 6,2 % en 2026, portée par le secteur extractif et la progression des activités hors mines. Mais cette dynamique s’inscrit dans un contexte international sous tension. Les perturbations liées aux crises géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, continuent de peser sur les coûts de l’énergie, les chaînes logistiques et les équilibres macroéconomiques globaux.
Sur le front du change, les signaux sont contrastés. Le franc congolais s’apprécie légèrement sur le marché parallèle, mais recule sur le segment officiel depuis le début de l’année. Les niveaux observés tournent autour de 2287 francs congolais pour un dollar à l’indicatif et plus de 2300 francs sur le parallèle. Cette pression est attribuée à des besoins saisonniers en devises, en particulier pour la reconstitution des stocks après les fêtes.
Mais c’est surtout la réforme annoncée pour 2027 qui marque une rupture. À partir du 9 avril, les paiements en devises en espèces seront proscrits. Il ne sera plus possible de régler une transaction en dollars ou en euros en liquide, quelle que soit sa nature. Toutes les opérations devront passer par des canaux formels, notamment les virements, les cartes bancaires ou les solutions électroniques comme le mobile money. Dans la même logique, les banques commerciales perdront le droit d’importer des billets en devises. Seule la Banque centrale conservera cette prérogative, renforçant ainsi son contrôle sur la circulation des monnaies étrangères.
À travers ce dispositif, la BCC cherche à assainir le circuit financier. L’objectif est de rendre les flux traçables, de réduire les pratiques informelles, de lutter contre le blanchiment et de consolider le système bancaire. En toile de fond, l’institution entend aussi repositionner le franc congolais au cœur des transactions quotidiennes.
Le dollar ne disparaît pas de l’économie congolaise, mais son usage change de nature. Il quitte progressivement la sphère informelle pour s’inscrire dans un cadre strictement bancaire, sous le contrôle direct des autorités monétaires.


