Protection des humanitaires : l’ONU alerte, Washington met en garde la RDC, le Rwanda et le M23

La question de la sécurité des travailleurs humanitaires s’impose avec acuité au sein du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), réuni le 8 avril dans un contexte de détérioration préoccupante des crises à travers le monde. Les échanges ont mis en évidence une érosion du respect du droit international humanitaire, exposant davantage les acteurs de l’aide sur le terrain.

Au nom des États-Unis, Jeffrey Bartos, chargé de la gestion et de la réforme de l’ONU, a réaffirmé l’engagement de Washington à défendre la protection des civils et du personnel humanitaire. Il a rappelé la portée de la résolution 2730, qui oblige les États et les parties aux conflits à garantir la sécurité de ces intervenants essentiels, souvent déployés dans des environnements à très haut risque.

Dénonçant une banalisation des attaques contre les humanitaires, le diplomate américain a qualifié ces actes de violations graves du droit international, appelant à une responsabilité accrue de toutes les parties impliquées dans les conflits pour limiter les risques et faciliter l’accès à l’aide.

Focalisant son intervention sur la République démocratique du Congo, il a exhorté les autorités de Kinshasa, le Rwanda ainsi que les rebelles de l’AFC/M23 à se conformer strictement aux normes du droit international humanitaire. Il a notamment condamné une frappe de drone survenue le 11 mars dans l’est du pays, qui a coûté la vie à Karine Buisset, membre du personnel de l’UNICEF, ainsi qu’à plusieurs civils. Washington appelle, dans ce contexte, à des garanties fermes pour la sécurité des humanitaires et à un accès sans entrave à l’aide dans les zones affectées de l’est congolais.

Les chiffres publiés par l’OCHA pour 2026 confirment une dégradation continue de la situation sécuritaire. Les incidents visant les humanitaires ont augmenté de 37 en janvier à 46 en février, soit une progression de plus de 24 %.

La répartition géographique de ces incidents souligne la persistance des foyers de tension : le Nord-Kivu reste le plus touché (39 % des cas en février), devant le Sud-Kivu (28 %), le Tanganyika (24 %) et l’Ituri (9 %), tandis que le Maniema demeure épargné.Depuis janvier 2025, un total de 709 incidents a été recensé, avec une concentration marquée dans le Nord-Kivu (46 %), suivi du Sud-Kivu (29 %), de l’Ituri (14 %), du Tanganyika (9 %) et du Maniema (3 %). Une évolution notable se dégage toutefois. Elle concerne la hausse significative des incidents au Tanganyika en février, contrastant avec une légère baisse relative au Nord-Kivu.

Au cours de cette période, un travailleur humanitaire a été tué et un autre blessé, sans qu’aucun enlèvement ne soit signalé. Ces données traduisent une détérioration persistante de l’environnement sécuritaire dans l’est de la RDC, où l’accès humanitaire devient de plus en plus contraint, au détriment des populations les plus vulnérables.